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Revue Esprit n°173-juillet/août 1991, dossier: Y a-t-il encore des critère d'appréciation esthétique?.
juillet 1991
Notes : SOMMAIRE: Jean MOLINO: L'Art aujourd'hui; Jean-Philippe DOMECQ: Un échantillon de bêtise moderne, la fortune critique d'Andy Warhol; Marc LE BOT: Pensée artistique et expérience de l'altérité.
[Avec ce premier dossier dans la revue Esprit sur l'art contemporain (il y en aura deux autres: en février et en octobre 1992), la contestation prend une allure franchement déplaisante, marquée par une précipitation de néophyte. Si les écrits de Jean Clair (voir 1983) se situent toujours dans le cadre d'un débat formé d'idées informées, l'argumentation, ici, est remplacée par l'invective ou par la mise en relief de la stupidité de certains commentaires sur l'art. C'est le cas de l'article de Jean-Philippe Domecq (Un échantillon de bêtise moderne, la fortune critique d'Andy Warhol), qui tourne en ridicule certaines critiques parues dans la presse française à l'occasion de la rétrospective consacrée à l'oeuvre d'Andy Warhol au Centre Georges Pompidou, de juin à septembre 1990. Exercice scolaire qui n'apporte rien à la critique, sans doute nécessaire, des travaux de Warhol. On préférera alors le petit livre d'Hector Obalk, Andy Warhol n'est pas un grand artiste (Aubier, 1990). S'il arrive trop souvent que les discours des critiques et des historiens de l'art contemporain pêchent par leur sottise et leur prétention, ceux de ses adversaires sont souvent marqués par l'emporte-pièce, le péremptoire, le dogmatisme. Le discours sur l'art semble alors ne pas être soumis à la moindre rigueur intellectuelle, il pourrait charrier toute la subjectivité de son auteur, n'aurait pas à être jugé sur la validité et la tenue de son argumentation. Cet art de l'à peu près vindicatif dans les discours critiques de l'art contemporain n'est pas le fait que de débutants prosélythes mais aussi des meilleurs et des plus respectés de nos intellectuels, ainsi Claude Lévi-Strauss: "Les impressionnistes avaient encore appris à peindre, mais ils faisaient ce qu'ils pouvaient pour l'oublier; sans y parvenir, Dieu merci...". Ou encore: ...[le tableau cubiste] qui, à l'origine et par un effet de choc, paraissait l'instrument d'une révélation métaphysique, tombe aujourd'hui au rang de composition décorative, et qui touche surtout parce qu'elle illustre le goût d'une époque". (1) On serait en droit de poser quelques questions à l'auteur de ses assertions, on aimerait connaître le nom des peintres impressionnistes qui "faisaient ce qu'ils pouvaient pour l'oublier", l'art de la peinture, où sont les déclarations conservées et attestées de ceux qui s'imposaient une aussi lourde tâche? Mais peut-on poser ces questions sans montrer de l'irrévérence à l'égard de l'inventeur de l'anthropologie contemporaine? Il en va ainsi de toutes les affirmations, nombreuses, sur l'art moderne et contemporain, qu'il assène au gré de ses écrits. Mais peut être faut-il lire les interventions de Claude Lévi-Strauss dans l'histoire de l'art moderne à la lumière de cet aveu qui ne manque pas d'honnêteté intellectuelle et qu'on oublie: "Un certain état de la peinture fait partie intime de ma culture et de ma biographie. C'est cet état qui me procure des émotions esthétiques, qui met ma pensée en branle. Il est apparu vers le XIIIe siècle, a duré jusqu'au début du XXe. Ce qui vient après appartient à un autre état. Je constate qu'il m'émeut rarement ou pas du tout, et j'essaie d'en comprendre les raisons".(2) (Le père de Claude Lévi-Strauss, Raymond Urbain Elie Lévi-Strauss était peintre. Selon le Bénézit: Peintre à Paris au XXe siècle. Il figura de 1905 à 1921 aux Salons de Paris, avec des tableaux de genre et des portraits. Pour l'anecdote, Claude Lévi-Strauss vécut ses 20 premières années au 26 rue Poussin, dans le XVIe arrondissement de Paris). (P.C.)]
Noms cités:
LEVI-STRAUSS Raymond Urbain Elie
MOLINO Jean
OBALK Hector 1990, Les Cahiers du Musée national d'art moderne, n°34, hiver 1990: Warholiana.