Gilles Perrin

“Ils sont venus d'ailleurs ...”

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suite“Ils ont venus d'ailleurs ... Figures d'immigrés en Limousin”

Sortir la tête, 14, rue Riche à Tulle .

exposition ouverte du 9 octobre au 6 novembre 2004

du mardi au vendredi 16h-19h, le samedi 11h -12h30 15h-18h

coproduction Peuple et Culture

éditions d'un livre,
Editions Les Imaginayres http://lesimaginayres.club.fr/index.html

 

50 portraits photographiques pour dire que comme d’habitude le réel est plus fin que les représentations que nous nous en faisons, pour entamer les stéréotypes et les préjugés qui n’épargnent personne, pour mettre le doigt (et l’œil) sur le langage qui dérape si vite et devient formule banale rarement remise en cause (cf par exemple : « le problème de l’immigration »). Pour dire, que, oui, ils sont venus en Limousin, il y a longtemps ou plus récemment, de pays extrêment divers et qu’ils sont là avec leur histoire, leur double culture, leurs compétences (qui parfois n’existaient pas avant eux dans la région), avec leurs engagements, avec leur humanité... Et que dans un territoire qui n’en finit pas de vieillir, c’est plus qu’une richesse, une respiration.

Ils sont venus de...

Turquie, Guadeloupe, Italie, Suisse, Maroc, Moldavie, Algérie, Sénégal, La Réunion, Soudan, Tchéquie, Québec, Hollande, Angleterre, Syrie, Cambodge, Portugal, Ile Maurice, Pérou, Espagne, Sardaigne, Sibérie, liban, Cameroun, Mexique, Cuba, Russie, Argentine, Madagascar, Danemark, Ecosse.

 

Ils sont...

ouvrier, accordéoniste, compositeur, pépinièriste, antiquaire, responsable d’entretien des bâtiments de la préfecture, boucher, technicien de maintenance, épicier, adjointe administrative, demandeur d’asile, enseignant, restauratrice, interprète, ouvrier agricole, libraire, éleveur, mécanicien auto, historienne, bucheron, chauffagiste, couturière, cardiologue, potier, cafetier, ouvrière, peintre, médecin, maçon-carreleur, directeur artistique, mère de famille, cuisinier, chef d’entreprise, musicien, restaurateur, céramiste, lycéen, informaticien, guide touristique, agent de maitrise, apicultrice, employée de restaurant, en recherche d’emploi, formateur en langue arabe, chauffeur, journaliste, aide photographe, étudiant en DESS, infirmière.Gilles Perrin

 

Pourquoi photographier des immigrés venus s'installer en Limousin ?

En premier lieu je suis originaire de la Corrèze par mes grands-parents maternels. Cette terre est mienne. La culture paysanne liée à cette région est aussi la mienne, je m'y reconnais. Il m'a semblé important de porter témoignage sur ceux qui sont venus d'ailleurs pour vivre sur cette terre, s'y installer, s'y intégrer, de montrer autre chose que les poncifs sur l'immigration.
Les mouvements de populations, le brassage des cultures sont le lot de l'espèce humaine depuis la nuit des temps. Après tout, il ne faut pas oublier que bon nombre de limousins ont quitté leur province pour survivre. Paris a été en grande partie construite par les maçons limousins. Alors, pourquoi ne pas montrer les visages de ceux qui sont venus s'installer ici, quelles que soient leurs raisons (politiques, sociales, affectives), ceux qui nous apportent également leur culture et viennent s'intégrer à notre société.

Portraitiste depuis de nombreuses années, je pratique une photographie documentaire dans l'esprit d'August Sander, Dorothea Lange ou Richard Avedon. Mon but est de réaliser un témoignage humain sur mon environnement social et culturel, un témoignage qui ne se veut pas exclusivement sociologique ou anthropologique, mais également sentimental et émotionnel.

Ma démarche photographique est particulière : je travaille en grand format (10x12,5m), l'appareil est sur pied, je mets mes sujets en scène dans leur environnement et je les fais poser pour réaliser leur portrait, que je veux représentatif de leur place dans notre société. Ma relation avec mon sujet est le fruit d'une négociation, j'explique mon but, ma façon de travailler, ainsi que ce que deviendront mes photos. Il n'y a pas d'image volée, chaque portrait est le résultat d'un échange, d'une rencontre. J'utilise un film instantané (positif/négatif) qui me permet de restituer immédiatement la photo que je viens de prendre, il ne peut y avoir de tricherie, mon sujet voit immédiatement son portrait, tel que je l'ai voulu.

Pour autant, je ne cherche pas à tout prix l'anecdote, l'exotisme. Le voyeurisme photographique n'est pas mon affaire. Par ailleurs, une image consensuelle ne peut me satisfaire. Mon but n'est pas de faire des images favorables à mes sujets mais plutôt de les faire exister dans leur humanité, leur dignité.

Je me sens riche de toutes ces rencontres, ces échanges. Que toutes les personnes que j'ai photographiées et tous ceux qui m'ont aidé à réaliser ce travail en soient ici remerciés.

Gilles Perrin, le 26 septembre 2004

 

Gilles Perrin est photographe professionnel depuis plus de trente ans. Il est chargé de cours à l’Université Paris VIII.

 

Cette exposition a été réalisée avec le soutien du FASILD

Retrouvez les informations concernant Peuple et Culture Corrèze : http://perso.wanadoo.fr/pec19