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Gilles Perrin
Réponses Photo, Portfolio novembre 2007
Réponses Photo, Portofolio, novembre 2007
Pérou
Jai un goût profond pour tout ce qui est en marge -border line comme disent les anglo-saxons- et toutes les cultures anciennes qui sont proches de disparaître. Je voulais rencontrer les " Indios " et les " Campesinos " du Pérou, ces descendants des Incas dont la culture a été laminée par la colonisation espagnole et dont il ne leur reste que la langue parlée ainsi quune immense dignité.
Pour moi, le Pérou fut vraiment " le Pérou " ; climat agréable, paysages magnifiques, populations accueillantes et gaies. Jy ai effectué deux voyages, le premier du nord au sud dans la Cordillière blanche et la Cordillière noire ainsi que dans lAmazonie péruvienne, le second dans la ville de Cusco, ancienne capitale Inca, et ses environs.
Les populations que jai rencontrées vivent dans une extrême pauvreté, écartées du pouvoir, souvent illettrées, perdues dans la montagne ou la forêt Equatoriale. Elles nont que très peu daccès aux quelques bienfaits que pourrait leur apporter léconomie moderne. Ici comme dans les autres pays léchange autour du cadeau photographique fut riche démotions : invitations aux repas, dons de nourriture ou dalcool etc Dans toutes les familles que jai photographiées je peux revenir minstaller quand je le désire. Jai photographié des danseurs dans une fête pascale sur lîle de Taquilé (lac Titicaca), et malgré la timidité des habitants, au bout dune demi-heure je ne savais plus où donner de lobjectif. Chaque portrait est une histoire damour, déchange, de rencontre, même dans le non-dit. Il est très souvent extrêmement difficile de se quitter, tant les liens que nous avons créés sont puissants, et je suis toujours très ému de la confiance des gens que je photographie. En Amazonie jai photographié un chamane et je lui ai demandé sil pouvait me faire une cérémonie autour dune liane au pourvoir hallucinogène. Il ma répondu : pourquoi veux-tu faire une cérémonie ? Tu sais les faire avec ton appareil photo.Ethiopie
Ce pays est surtout connu pour ses églises coptes qui remontent au tout début de lère chrétienne et pour la fameuse " Lucie ", notre lointaine ancêtre.
Dans les confins de cette région dAfrique (partie sud-ouest) vivent encore quelques ethnies africaines, environ 60 000 personnes qui gardent leurs habitudes de vie tribale. Elles se situent dans la vallée de la rivière Omo. Dautres photographes ont déjà fait des reportages sur ces tribus. Leurs images ne mont pas vraiment convaincu et jai voulu à mon tour rencontrer ces peuplades. La plupart sont des tribus guerrières qui vivent nues, les femmes nétant vêtues que dun pagne. Ils nomadisent avec leurs animaux taureaux, vaches, chèvres- et font des razzias chez leurs voisins en volant femmes et animaux. Une tension constante est palpable, particulièrement entre les nomades et les tribus qui se sont sédentarisées et pratiquent lagriculture. La civilisation occidentale a fini par les toucher : évangélisation, maladies, alcoolisme, argent facile grâce au tourisme, armes à feux en provenance des pays voisins en guerre endémique. Jai voulu rencontrer ces gens qui sont passés du néolithique au XXIe siècle en quelques années. Jai désiré garder une trace visuelle de ces femmes et de ces hommes qui sont appelés à disparaître très rapidement.
Jai effectué deux voyages dun peu plus dun mois chaque fois, à un an dintervalle, à lest et à louest de la vallée de lOmo, dans des villages très peu fréquentés par les touristes. Les pistes sont peu nombreuses, un seul pont franchit lOmo. La lumière de cette région dAfrique est très dure, comparable à celle du désert, le climat difficile. De plus, cette région est infestée de maladies telles que méningite, typhus, typhoïde et mouche tsé-tsé. Ce nest pas tout à fait le paradis. Si dhabitude les sujets que je photographie sont curieux et ravis davoir le positif Polaroïd, les ethnies Mursi et Surma, sont plutôt intéressées par largent qui leur permet dacheter des armes AK 47. Tout photographe ou touriste qui souhaite les photographier doit payer., il ny a pas dautre alternative. Ils comptent très bien et ils sont armés. Leur image ne les intéresse guère, ils se savent beaux et sont très fiers. Mais malgré tout, quelques fois des jeunes filles mont demandé leur photo en refusant largent. Cétait la première fois quelles voyaient leur image en dehors dun petit miroir ou de leur reflet dans leau et ce furent de grands moments démotions, de joie et de plaisir.Tibet
Jai effectué de nombreux voyages en Chine et jai voulu voir ce quil en était du Tibet après 50 ans de colonisation chinoise. Effectivement, la culture tibétaine est elle aussi vouée à disparaître, victime de la mondialisation économique et de limpérialisme touristique.
Bien sûr ce pays appelé le toit du monde est physiquement impressionnant. On peut y faire les plus belles cartes postales jamais imaginées. Les paysages sont dune beauté incroyable que la photographie ne pourra jamais traduire, ni les mots dailleurs. Mais quen est-il des hommes ? Les chinois sinstallent au Tibet, de plus en plus nombreux, pour faire des affaires grâce au tourisme, surtout chinois, depuis la liaison ferroviaire Pékin-Lhassa, et les tibétains qui ne se convertissent pas aux affaires touristiques deviennent de pauvres ères. Le nomadisme diminue, lagriculture est très difficile à pratiquer car le climat est rude, et le bouddhisme nintéresse que lorsquil est lié au tourisme. En général les tibétains sont chargés des sales besognes : terrassement, nettoyage des rues, agriculture. Ces femmes et ces hommes sont des montagnards habitués à une vie dure, à un climat difficile, ils ont des conditions de vie très spartiates. Là également, le fait de demander lautorisation de faire des portraits, de prendre son temps, de dialoguer, de ne pas voler les photos et de donner limage -résultat de cet échange- ma permis davoir des rencontres humaines riches en émotions et jai pu contacter la fierté de ces hommes.
En résumé, ce qui mintéresse cest faire un travail à la fois anthropologique et sociologique loin des poncifs photographiques dont nous sommes abreuvés, rencontrer des êtres humains qui sont encore pour quelque temps en relation avec les éléments et la nature, même si quelques fois leurs valeurs peuvent paraître anachroniques, désuètes ou brutales. Je ne suis pas nostalgique de cette réalité que je photographie. Lexotisme et lanecdote ne mintéressent pas. Je témoigne et je veux donner à voir.Pour la partie réalisation cest ma femme Nicole qui soccupe de toute lorganisation : moyens de déplacements, contacts sur place, guides, interprètes et relations avec les personnes photographiées. Jassure le lavage des négatifs sur place, parfois avec beaucoup de difficulté à cause du manque deau ; jai lavé des négatifs dans la rivière Omo ou dans des marigots, ce qui ma permis de revenir en France avec quelques maladies.
Je fais les tirages moi-même, sur papier baryté Agfa tant quil existait, et maintenant sur papier Ilford et quelques fois Oriental, mais ce dernier est difficile à se procurer.
Dans toutes mes expositions et pour la vente de tirages je nemploie que du papier argentique, mais pour ma prochaine exposition à Pékin en février prochain, je vais sans doute faire faire des tirages jet dencre sur machine Lamda. Ce sera une première, mais pour linstant les collectionneurs préfèrent largentique. Je vends mes tirages 40x50 1000 euros prix public, signés, numérotés (limités à 25 exemplaires).
Contact : gilles.perrin17@wanadoo.fr
Tél. 01 40 36 52 51